Industrie de l’aluminium : l’angle mort qui menace nos PME

29 avril 2026

Un changement discret dans la politique commerciale américaine frappe de plein fouet les PME québécoises, dans une indifférence presque totale.

Depuis le 2 avril 2026, les tarifs douaniers ne sont plus calculés uniquement sur la proportion d’aluminium contenu dans un produit, mais sur sa valeur totale en douane. Un ajustement technique en apparence, mais dont les conséquences sont majeures.

Pour plusieurs entreprises, la facture a explosé du jour au lendemain. Dans certains cas, elle a été multipliée de façon brutale, sans possibilité d’adaptation rapide.

Derrière cette mesure se joue bien plus qu’un simple enjeu commercial. C’est l’équilibre d’un secteur stratégique qui vacille et ce sont les transformateurs et les équipementiers qui en subissent les contrecoups.

Mais aujourd’hui, cette résilience atteint ses limites.

Un sondage mené par AluQuébec auprès des PME est sans équivoque:

  • plus de 65 % enregistrent une baisse de leurs ventes,
  • plus de 90 % font face à une hausse de leurs coûts de production,
  • et 65 % observent une détérioration de leurs liquidités.

Ces indicateurs ne traduisent pas une simple période difficile :

  • plus du tiers des entreprises ont procédé à des mises à pied,
  • et près d’une sur deux anticipe devoir le faire dans les prochains mois. Ce sont des emplois spécialisés, des savoir-faire et des régions entières qui sont touchés.

Près de 30% des entreprises estiment aujourd’hui que leur pérennité est à risque.

Nos PME sont prises en étau.

D’un côté, elles subissent une hausse marquée de leurs coûts, amplifiée par les nouvelles mesures tarifaires américaines. De l’autre, elles font face à une concurrence accrue de produits à bas coût sur leur propre marché, des produits souvent issus d’économies non marchandes créent une concurrence difficilement comparable. Cette pression fragilise la compétitivité des entreprises d’ici.

Le Québec produit l’un des aluminiums les plus verts au monde. Mais sans une base industrielle forte pour le transformer ici, cet atout s’érode.

Les solutions sont connues. Il faut agir:

  • Soutenir immédiatement la liquidité des PME, notamment par des prêts pardonnables pour absorber le choc sans alourdir leur endettement.
  • Rétablir des conditions de concurrence équitables sur le marché canadien en limitant les distorsions causées par les importations à bas coût.
  • Relancer les grands projets d’infrastructures pour créer des débouchés immédiats et positionner les entreprises dans des filières stratégiques comme la défense et la construction.
  • Soutenir les travailleurs et travailleuses, avec des mécanismes de maintien en emploi et un appui à la formation pour préserver les compétences.

Et ce qui manque, c’est la rapidité d’exécution.

Dans un contexte où les gouvernements affirment vouloir renforcer l’autonomie économique du Québec et du Canada, soutenir la transition énergétique et relocaliser les chaînes d’approvisionnement, il est difficile de comprendre que le secteur de la transformation de l’aluminium, au cœur de ces priorités, demeure un angle mort des interventions publiques.

Agir maintenant n’est plus une option, c’est une urgence. Car pendant que nous débattons, notre capacité à transformer, innover et créer de la valeur ici, au Québec, s’amenuise déjà et chaque mois qui passe rendra ce recul plus difficile à inverser.

C’est toute une capacité industrielle qui se fragilise.

Un texte d’AluQuébec, Manufacturiers et Exportateurs du Québec, de la Fédération des chambres de commerce du Québec, de la Chambre de commerce et d’Industrie Saguenay-Le Fjord et de la Société de la Vallée de l’Aluminium